Recollection. Les données à l’épreuve du temps

Une ingénierie du temps perdu

 

Il s’agit de paysager par le jeu de l’archive les traces imaginaires de l’acculturation digitale en répliquant à l’échelle du sensible, l’édition des données que réalisent en masse aujourd’hui les machines.

Les toiles sont constituées de fragments déchirés de flyers et de journaux épinglés qui indexent à la manière d’un diagramme hypertexte l’activité artistique et culturelle de Rennes et Saint-Malo entre 2012 et 2013. Destinés le plus souvent à une inactualité et un oubli rapide, tous ces bouts de papiers manifestent pourtant une communauté de pratiques singulières mais dont l’échantillonnage de restitution et de compréhension ne peut plus être garanti.

 

L’opération d’épinglage, qui relève presque du rituel, est fondamentale : elle diffère du collage car c’est celle qui, en dernier lieu, anime singulièrement les signes et les codes à l’image du savoir-faire du tailleur qui dispose et épingle son patron, à plat, sur une pièce d’étoffe pour ajuster point par point le tracé de la découpe. L’épingle permet l’ajustement de deux pièces, voire davantage ensemble, avec toujours cette dynamique d’une réserve sur le temps que ne permet pas le côté définitif et tenu du collage. Matisse et Picasso hybrideront génialement ces deux pratiques. Ajuster avec des épingles c’est marquer l’irruption, dans le processus de création, du temps, en piquer l’advenue et l’événementialité, le « monter en épingle » ; c’est également suggérer le cheminement d’une épaisseur à traverser, déplacer ou parcourir. Par cet pratique de l’épinglage, le spectateur se trouve désormais au centre de l’expérience vécue de l’emprise du code sur notre manière de percevoir : Avec Picasso, l’irruption du réel sur la toile bouscule et apporte les dimensions du virtuel dans  les codes de la représentation picturale. Avec Matisse, cela apparaît comme une forme de cinétique de simplification formelle. Aller à l’essentiel d’une pratique de la représentation en sculptant directement dans la couleur tangible. Une nouvelle échelle de transcription, de transcodage des signes du monde apparait. Manifestant une capacité nouvelle d’ubiquité pour la forme et les signes à apparaître ici ou disparaître là, l’épinglage à la surface de la toile manifeste son pouvoir de réunir, mais aussi retrouver la liberté de choisir pour séparer  les signes et les codes et en libérer les effets de sens : ici ajouter une présence à la forme ou aux images, là en éclipser les motifs et évoquer désormais leur intermittence…

 

sans titre (actualité culturelle rennaise), flyers déchirés, épinglés sur toile, 100x100cm, 2012-2013

 

 

sans titre (actualité culturelle rennaise), flyers déchirés, épinglés sur toile, 100x100cm, 2012-2013

 

sans titre (actualité culturelle rennaise), flyers déchirés, épinglés sur toile, 100x100cm, 2012-2013

 

 

sans titre (actualité culturelle rennaise), flyers déchirés, épinglés sur toile, 150x150cm, 2012-2013

 

 

pierre braun

Pierre Braun vit et travaille en Bretagne et au pays Basque.

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